MOT DU PRESIDENT EDOUARD FRITCH SEANCE ASSEMBLEE DU 20 AOUT 2020

2020-08-20T12:33:58+00:0020 août 2020|

Monsieur le Président,

Mesdames et messieurs les Représentants,

 

Notre séance de ce matin aura à examiner 3 dossiers importants. Il s’agit notamment de la loi du Pays permettant de légaliser les actions sociales effectuées par les communes de Polynésie durant la crise du covid19 depuis mars 2020. En effet, le social relève des compétences du Pays et certaines actions effectuées par les communes sur des deniers publics communaux pourraient s’avérer illégales. Avec la loi du Pays que vous examinerez dans quelques instants, tous les maires seront légalement couverts. Ensuite vous aurez deux autres textes traitant de l’amélioration des relations entre administrations et citoyens et enfin, une mise à jour du Code de la route.

Cependant, même si les sujets inscrits à l’ordre du jour sont utiles, je crois deviner que nos esprits sont plutôt préoccupés par l’épidémie du covid qui sévit actuellement en Polynésie.

Je vais donc aborder ce dossier d’actualité qui préoccupe actuellement toute la Polynésie, avec d’importantes répercutions internationales.

Tout d’abord, je voudrai à nouveau vous réaffirmer que les statistiques publiées par le ministère de la santé sont exactes.

Nous avons toujours été transparents dans nos chiffres. Nos publications statistiques traduisent la réalité et la vérité. Il n’y a aucun cas positif caché.

Aussi, tous ceux ou celles qui font courir les rumeurs les plus folles et les plus absurdes sur de soi-disant cas positifs cachés, sont des irresponsables ou des détracteurs dont la motivation est totalement malsaine.

D’ailleurs, si le gouvernement cherchait à tromper l’opinion avec de fausses statistiques, ça finirait par se savoir. Ce serait dénoncé sur la place publique par des indiscrétions. Le grand nombre de personnes de la santé et de l’Institut Malardé qui sont mobilisées et qui travaillent sur le sujet du covid ne permettrait pas de cacher la moindre vérité sur ce dossier.

Il me tenait à cœur que vous intégriez définitivement le fait que les statistiques publiées par le ministère reflètent bien la réalité et la vérité.

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Ensuite, avant d’aborder les aspects de la situation sanitaire actuelle, je voudrai faire un point de la situation sanitaire et économique d’avant le 15 juillet.

Sur le plan sanitaire, de mars à juillet, nous avions enregistré 62 cas positifs et zéro décès. Sur ces 62 cas positifs, la moitié  était des cas importés et l’autre moitié était donc des cas contacts.

Nous avions préconisé le confinement général du 21 mars au 21 mai. Avec ce confinement général, nous avions arrêté les liaisons aériennes internationales et domestiques.

Le confinement a généré une crise économique et sociale importante. Je vous livre à nouveau quelques chiffres qui résument cette réalité entre avril et décembre 2020 :

·     11 780 salariés bénéficiaires du RES, revenu exceptionnel de solidarité, pour 1,2 milliards de francs en avril et mai ;

·     7 450 patentés bénéficiaires de l’IS, indemnité de solidarité, pour 1,2 milliards de francs en avril et mai ;

·     1 400 bénéficiaires de l’IE, indemnité exceptionnelle, pour 360 millions de francs en avril et mai ;

·     4 300 demandeurs d’emploi bénéficiaires du CAES pour 670 millions de francs d’avril à décembre ;

·     223 entreprises bénéficiaires du CSE, Contrat de soutien à l’emploi, pour 2,250 milliards de francs d’avril à décembre ;

·     1041 entreprises bénéficiaires du DIESE pour 10,5 milliards de francs de mai à décembre ;

·     364 patentés bénéficiaires du DESETI à ce jour pour 54,6 millions de francs ;

Viennent s’ajouter les mesures de l’Etat :

·     634 entreprises bénéficiaires du PGE, prêt garanti par l’Etat, pour un encours de 43,2 milliards de francs dont le PGE accordé à Air Tahiti pour 4 milliards de francs et le PGE accordé à Air Tahiti Nui pour 8 milliards de francs ;

·     Le PGE accordé à la Polynésie française pour 28,6 milliards de francs ;

·      Plus de 21 300 versements du Fonds de solidarité national aux patentés polynésiens pour 3,3 milliards de francs.

Ainsi, l’Etat va garantir près de 72 milliards de francs de prêts à la collectivité et aux entreprises polynésiennes.

Quant au Pays, pour faire face à la crise de ces premiers mois de lutte contre l’épidémie, pour sa seule part va dépenser plus de 16 milliards de francs sur son propre budget pour financer et soutenir les personnes, les familles et les entreprises en difficulté d’avril à décembre 2020.

Ce sont 16 milliards de francs de dépenses non prévues en 2020 et qui pèsent considérablement sur nos finances locales.

Heureusement que notre gouvernement a géré les deniers publics et agi plus « en fourmi qu’en cigale » durant ces dernières années.

Je me souviens que certains d’entre vous, nous avaient critiqués pour avoir plus thésaurisé que dépensé. Sans la réaction financière rapide de notre part, rendue possible grâce à nos réserves, les conséquences sociales auraient été, je le pense, catastrophiques pour des milliers de familles.

La gestion en bon père de famille dont nous avons fait preuve ces dernières années, nous permet aujourd’hui, fort heureusement, de faire face très rapidement au choc brutal de la crise que nous et le monde subissent.

En outre, la crise a également fragilisé notre Caisse de prévoyance sociale puisque le ralentissement économique a considérablement affaibli les recettes de la CPS.

C’est pour cette raison, que nous avons sollicité un prêt garanti par l’Etat d’une première tranche de 28,6 milliards de francs. Sur ce premier prêt, 17 milliards de francs seront destinés à la CPS. Un complément à la CPS viendra dans le cadre d’un second accord financier que nous solliciterons auprès de l’Etat.

La fermeture de nos frontières a révélé combien et comment le tourisme avait pris une place importante dans notre économie. Non seulement les entreprises directement liées au tourisme, comme les hôteliers, les agents de voyage, les transports aériens internationaux, les activités et les transports touristiques étaient affectées, mais de grosses entreprises notamment de l’agro-alimentaire, couvrant la fabrication de boissons, l’agriculture, la pêche, l’importation de denrées alimentaires, ont aussi été mises en difficulté car une partie significative de leurs productions était livrée aux hôtels.

Telle est la situation sanitaire et financière de cette première période de notre lutte contre l’épidémie et ses conséquences sociales et économiques.

De l’analyse de cette première période de crise, nous avions également conclu que, d’une part plus de 15 000 emplois étaient gravement menacés et, d’autre part, que la Polynésie n’a pas les moyens financiers suffisants de fermer durablement ses frontières et de rester confiner au-delà du mois de juillet.

C’est pour cette raison que nous avons travaillé sur des protocoles et des dispositions qui permettent à la fois de protéger notre population et d’ouvrir à nouveau notre économie.

Nous pouvions concilier la protection sanitaire et l’économie car nous avions acquis une solide expérience durant les mois de mars à juillet. Nous avions pris des mesures qui s’avéraient efficaces pour lutter contre la propagation de l’épidémie et nous avions affiné le type de protocole que nous pouvions mettre en place pour réduire les risques. Là aussi, ceux qui nous ont critiqués d’avoir ouvert nos frontières ont réagi, à mon sens, d’une manière très égoïste et désolidarisée du malheur social de milliers de familles de tous les archipels menacées du chômage et privées de revenus.

Tous les tavana de ces îles menacées par la fermeture de nos frontières ont constaté la détresse de  dizaines ou de centaines de familles par la privation brutale d’un revenu tiré des activités du tourisme. Nos tavana ont donc réclamé la reprise rapide des liaisons aériennes de Air Tahiti. Je me souviens notamment, des appels de détresse du tavana de Maupiti qui réclamait avec force, au travers des médias, une reprise des vols de Air Tahiti.

C’est pour vous dire que j’entends, à la fois, les avis des forces vives de Tahiti, mais aussi celles des acteurs économiques et institutionnels de nos archipels.

Mon rôle est de décider en fonction de l’intérêt général et l’intérêt des familles de Polynésie.

Je vous ai déjà dit que je chercherai toujours à protéger ma population de toutes les formes de menaces qui la guette ; que ces menaces soient d’ordre sanitaire ou climatique, de la drogue ou de la violence familiale ou routière.

Je n’ai pas varié et je continuerai d’assurer votre sécurité, en concertation avec le Haut-commissaire, l’Etat et les maires.

***

A ce titre, quelle est notre analyse de la situation sanitaire actuelle ?

En effet, depuis, le 15 juillet, nous avons plus largement ouvert nos frontières pour remettre le plus de polynésiens possible au travail.

Du 15 juillet au 14 Août 2020, nous avons enregistré 10 345 voyageurs, dont 7 527 touristes. En moyenne, ce sont 250 nouveaux touristes par jour. Ce flux représente une baisse de 70 % par rapport à la même période de l’année dernière. Donc, ce n’est pas la grande affluence de touristes vers la Polynésie française.

Pour accompagner l’ouverture de nos frontières, nous avons en premier lieu défini le protocole sanitaire d’accueil des visiteurs et de tout passager provenant de l’extérieur, c’est à dire d’Europe et des États Unis.

Permettez-moi de rappeler ce protocole qui exige :

·     un test RT-PCR négatif avant l’embarquement ;

·     le renseignement du formulaire ETIS qui permet de « tracer » précisément ceux qui arrivent ;

·     un engagement à respecter les gestes barrières et de non-contact avec des personnes jusqu’au second test ;

·     un second test RT-PCR réalisé par auto-prélèvement 4 jours après l’arrivée en Polynésie.

A la suite du cas positif détecté sur le Paul Gauguin, nous avons ajouté un test supplémentaire avant l’embarquement de tout passager allant en croisière du Paul Gauguin ou de l’Aranui.

Ainsi, si ce protocole avait été strictement respecté par les passagers arrivés en Polynésie depuis le 15 juillet, nous n’aurions enregistré que 11 cas positifs sur les 7 527 touristes. Ces 11 cas sont des touristes qui ont été identifiés positifs grâce au second test du 4ème jour et, élément important, ils n’ont pas contaminé d’autres personnes et donc n’ont pas contribué à la propagation du virus.

Si tous les passagers avaient bien respecté le protocole ETIS, nous aurions parfaitement atteint nos objectifs, à savoir que ce second test du 4ème jour allait nous permettre d’identifier efficacement des éventuels cas qui seraient passés au travers du premier tamis du test RT-PCR réalisé 3 jours avant d’entrer dans l’avion vers Tahiti.

A cet égard, Il est aussi utile que vous sachiez que le premier test RT-PCR exigé avant l’embarquement dans l’avion, a eu pour effet de refuser plus de 600 passagers à Roissy et à Lax pour un total de 10 345 voyageurs enregistrés sur ETIS. Nous n’autorisons aucune dérogation aux passagers non conformes aux exigences définies par le pays. Nous avons même déjà refusé l’embarquement de VVIP américains malgré les appels de responsables consulaires en faveur de ces VVIP. Des dérogations seraient nuisibles à notre propre crédibilité et à la crédibilité du protocole polynésien.

Ce premier test exigé est un premier tamis efficace. Le second que nous avons voulu au 4ème jour est le second tamis.

Ainsi, le protocole complet d’ETIS pouvait réduire le risque de propagation proche de zéro et de maîtriser ainsi la propagation de l’épidémie.

Malheureusement, un certain nombre de passagers, non touristes, n’ont pas respecté le protocole ETIS qu’ils ont signé avant de prendre l’avion et qu’ils se sont pourtant engagés à respecter.

Ces passagers sont allés, dès les premiers jours de leur séjour, se mêler à des résidents, faire la fête sans respecter les gestes barrières. Il y a eu des parties de méchoui, de grosses parties dans plusieurs restaurants dont certains très étriqués. Ces passagers irresponsables et indisciplinés ont généré par contact plus de 180 cas positifs à ce jour. Ce nombre augmentera car nos enquêtes sanitaires ont montré que des personnes positives se sont rendues dans plusieurs lieux et ont contaminé d’autres. C’est la chaîne de propagation qui continue avec ses nombreux cas contacts.

Devant cette flambée de l’épidémie, j’ai dit que je demanderai des sanctions administratives et financières aux personnes et aux entreprises responsables de ces méfaits. Cette épidémie va mettre à mal notre économie, va mettre à mal des entreprises, va mettre à mal des familles, va mettre à mal l’enseignement des enfants et tout le système scolaire.

Cela fait beaucoup trop de dégâts pour quelques irresponsables qui n’ont pensé qu’à eux au travers de plaisirs égoïstes.

Oui, je suis en colère contre ces irresponsables et je n’accepterai pas de circonstances atténuantes pour ces personnes.

Ce pays est certes un paradis, mais cela n’exclut pas la rigueur et la responsabilité. Ce pays gâté par la nature n’autorise pas toutes les libertés dévastatrices et nuisibles à la communauté.

Je constate également, selon les informations parvenues de nos enquêtes sanitaires, que les principaux lieux de propagation du virus étaient des rassemblements festifs, tels que des baby-showers et autres occasions de faire la fête entre amis. Encore une fois, l’alcool est l’ingrédient de ces rassemblements festifs.

En l’espace de deux semaines, nous serons à près de 200 cas. Notre image à l’international se dégrade puisque nous sommes désormais considérés comme zone infestée. Cette situation pourrait conduire des pays à nous interdire l’accès.

Si cette perspective deviendrait réalité, vous aurez compris que les quelques irresponsables qui sont à l’origine de l’épidémie auront une lourde facture morale sur la conscience. Les sanctions seront méritées.

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Je le dis et je le répète. Le protocole sanitaire que nous avons mis en place est l’un des meilleurs protocoles qui puissent être proposés à grande échelle et l’échelle d’une collectivité. Nous avons pris les bonnes mesures. Je n’ai aucun doute sur le sujet.

Mais, pour une réussite totale de ce que nous avons préconisé pour l’ensemble de la collectivité, il fallait aussi un respect fidèle de ces préconisations par chaque citoyen.

Or, il a suffi du laxisme irresponsable d’un petit groupe pour empoisonner la vie de tout un pays.  

Mes chers amis, je ne prendrais plus de décision tendant à confiner à nouveau notre Pays. Je ferai tout pour qu’il n’y ait aucun décès du covid.

Je demande donc à tous de respecter et de mettre en œuvre concrètement les gestes barrières et de réduire les contacts entre les personnes.

Porter un masque, ça sauve des vies. Les gestes barrières, ça sauve des vies.

Chaque famille, chaque entreprise, chaque administration, dans leur situation particulière, aura à imaginer et à proposer dans leur contexte de vie et de travail, les mesures barrières adaptées à chacune de leur réalité.

Je demande également à nos populations de veiller, de préserver et de mettre nos matahiapo, nos personnes handicapées, et d’une manière générale toutes nos personnes en situation de dépendance, en sécurité.

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Je voudrais également, ce matin, terminer mon propos en saluant et en soulignant la grande sagesse et la grande maturité de nos familles. Le thermomètre social de cette sagesse se trouve dans le constat établi hier, que 81, 2 % des élèves et 92,7 % des enseignants du primaire et du secondaire publiques sont allés en classe. Pour l’enseignement confessionnel catholique, le taux de présence de l’ensemble des élèves est de 79%.

Un autre signe encourageant est également à faire valoir. A ce jour, 70 % des enfants de l’IIME sont présents en institut, bien entendu avec des préconisations sanitaires renforcées pour ce public fragile.

Ces indicateurs sont un bon thermomètre social car toutes les familles de Polynésie ont des enfants scolarisés.

Serait-ce le premier signe d’une prise de conscience et d’une acceptation que nous devrons apprendre à vivre avec le covid19 ? En tout cas, par cette réalité chiffrée de la fréquentation scolaire, j’y aperçois un sens de grande responsabilité et de grande confiance des familles et des parents envers nos institutions d’enseignement. C’est un bon signe de notre résilience sociale face à cette crise.

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Mesdames, messieurs, le message principal que je veux vous laisser ce matin, est que je continuerai à protéger nos familles, nos entreprises, nos élèves, nos matahiapo, nos handicapés, afin que nous soyons le moins impactés possible de cette crise sanitaire et sociale.

Je vous remercie.

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