Commémoration des 80 ans du ralliement des Établissements français  d’Océanie  à la France libre

Commémoration des 80 ans du ralliement des Établissements français  d’Océanie  à la France libre2020-09-07T12:05:27+00:00

Le 11 septembre 1940, le bureau de recrutement de la caserne de la compagnie  autonome d’infanterie coloniale de Tahiti (CAICT) ouvre ses portes et un millier d’hommes s’engagent dans les rangs de la France libre.

Ils seront les Tamari’i Volontaires dont le prix de leur engagement, leur courage et le prix du sang seront loués par leur chant.

Matou teie Tamari’i Volontaires[1]

John Martin membre fondateur de l’Académie tahitienne raconte l’origine du chant matou teie tamari’i volontaires :

A la fin de l’année 1940, soldat de 1re classe à la caserne Bruat, je suis affecté à la batterie qui se trouve au Mont Faiere. Cette batterie, la seule terrestre à l’époque, est composée de deux canons de marine de 65 mm, installés en 1939, entourés de logements de bambou et de ni’au (tresse de palme de cocotier), avec une soute à munitions creusée sous la montagne. En 1940, nous avons ajouté à cette batterie, un canon de 47 mm peut être celui de la Zélée, hissé à dos d’hommes. Un sous-officier d’active, le caporal-chef Pea Tutehau, mélomane à ses heures, compose au fil des heures de garde ou de repos, le chant dédié aux tamarii no te batterie, (enfants de la batterie). Nous les avons remplacés par Tamarii volontaires (enfants volontaires). C’est pourquoi, les paroles originales font référence au mont Faiere où était installée la batterie

[1]Nous sommes les enfants volontaires

Tamarii Volontaires

Matou teie Tamari’i Volontaires Nous sommes les Tamarii Volontaires
Tei ratere mai na te ara e Qui partons pour l’étranger
Te faarii nei matou Et qui nous soumettons
I te ture A la loi
No to tatou hau metua de notre Mère patrie.
Teie mai nei to mau tamarii Nous sommes les enfants
O ta oe titau mai nei Que tu as appelés
Tera roa ia o tona tauraa Et qui ne connaîtront de repos
Te vahi no te pohe Que sur le champ de bataille

PORTRAITS

BAMBRIDGE Thomas, Richard, Humbert 
Né le : 28.02.1914 à Papeete 
Grade : Caporal

A Bir Hakeim, le caporal Thomas Bambridge est l’adjoint du sergent chef Philippe Bernardino 1er groupe, section de Robert Hervé.

Il est porté disparu lors de la sortie de vive force Bir-Hakeim  le 11 juin 1942.

John Martin : Thomas Bambridge a été blessé aux yeux la veille de la sortie de vive force.  Il avait un pansement aux yeux. Il ne voyait pas. Il a été évacué dans une ambulance qui a sauté et s’est rapidement consumée. On n’a pas retrouvé son corps.

François Broche : Lorsque Thomas Bambridge fut blessé, avec un autre homme de son groupe, on les évacua sur le groupe sanitaire en Bren Carrier (…), le pasteur qui avait assisté son frère dit que Thomas avait été blessé au visage mais pas très grièvement.  Il avait gardé toute sa connaissance, il disait qu’il avait mal et réclamait à boire. Son chef de groupe ayant été tué, Jeannot dut le remplacer et ne put aller voir Thomas au groupe sanitaire. Il y avait beaucoup d’ambulances. Il en faisait le tour, puis ouvrit la porte arrière en appelant son frère. Des gémissements lui répondaient et les plus valides l’envoyaient au diable. On avait également déposés des brancards dans les bennes des camions Belford qui étaient destinées à emporter les 75 encore intacts. Si son frère lui avait répondu, et s’il avait pu marcher, il l’aurait pris avec lui, ils ne se seraient pas quittés pendant la sortie. S’il avait été trop gravement touché, il serait resté sur le camion. Jeannot était très inquiet, car les allemands n’épargnaient guère les ambulances. Mais il ne put le trouver.

Jean-Roy Bambridge, frère de Thomas Bambridge : Après la sortie de vive force, j’ai cherché Thomas dans les hôpitaux. En Italie, j’avais sur moi une photo de lui pour la montrer aux personnels de santé (…). En vain.

BERNARDINO Charles 
Né le : 03.07.1914 à Papeete 
Grade : Sergent chef

Le sergent –chef  Charles Bernardino dit Talo décède 23 août 1944 dans l’ambulance chirurgicale de ses blessures à l’âge de vingt-cinq ans lors des combats de la Mauranne, région d’Hyères (Var). Chef d’un demi-groupe de voltigeurs (1e compagnie), Charles Bernardino menait depuis trois jours des assauts successifs contre des positions fortifiées.

La Mauranne

Quelques maisons et une villa à l’orée d’un petit bois de pins avec un grand champ de deux cent mètres environ tout plat, que traversent plusieurs haies de barbelés. La section des Tahitiens de Salvat est à gauche, les Calédoniens sont à droite avec, en deuxième échelon, les tirailleurs canaques et la section lourde. Les éclaireurs se meuvent dans les premiers fossés, entrent dans les jardins, cisaillent les clôtures et les treillages des villas.

A quinze heures, les salves des 105 et des 155 foudroient les arbres de la pinède, crèvent les tuiles des villas, les enveloppent de fumée et de poussière (…) Les groupes profitent de ces salves pour sortir de leurs couverts et s’avancer avant la fin du tir vers la Mauranne en rampant ou en se courbant. Le capitaine Perraud ordonne l’assaut  Les voltigeurs s’élancent, sautent par-dessus les barbelés. Le  sentier menant au groupe de maisons est balayé par le tir d’une mitrailleuse. Ses balles traceuses claquent à cinquante centimètres du sol (…)  Le feu est meurtrier, atteignant le capitaine Perraud d’une balle en plein front …

John Martin : Nous étions dans une vigne, sous le feu de l’ennemiJ’ai vu le caporal-chef  Charles (Charlot) Bernardino blessé se tenant l’épaule. Ça va, ça va, m’a-t-il- dit. Je lui ai crié Fa’aitoito (Courage). Quand je suis allé le voir à l’hôpital, on m’a dit qu’il était mort, suite à une hémorragie interne.

Inhumé au cimetière de Boulouris, tombe L39, restes mortels transférés au cimetière d’Hyères rang 0, tombe 8.

DROLLET Robert dit Piment
Né le : 06.09.1917 à Papeete 
Grade : 1ère classe

Quand il était en colère, Robert devenait tout rouge d’où son surnom


A Bir Hakeim, Robert Drollet fut un agent de liaison courageux et dévoué.

Il est tué le 12 mai 1944 en Italie.

Inhumé au Cimetière IV, San Giorgio, rang 3, tombe 86

MANUTAHI Ariihoro, Albert dit Paepae
Né le : 06.12.1917 à Papeete
Grade : Caporal

A Bir Hakeim, Albert Ariihoro Manutahi dit Pae Pae est versé dans la section lourde.

En 1943, lors du rapatriement des premiers Tamari’i Volontaires, le volontaire tahitien de la première heure Albert Manutahi Ariihoro, dit Paepae, l’ancien poilu de 1917 et cité à l’ordre de son régiment à l’âge de 17 ans, car il se portait toujours volontaire en lieu et place de ses camarades pères de famille, s’arme d’un fusil mitrailleur pour lâcher en l’air quelques rafales d’intimidation dans le camp. Mis aux arrêts de rigueur  il ne peut être ainsi  rapatrié avec les autres et participe à toutes les campagnes du Bataillon du Pacifique.

Lors de la pénétration des bois de Nanue pour dégager Frédéric Fontaine et prendre position autour de Ronchamp, Albert Ariihoro Manutahi dit Papepae fait seul quatre prisonniers.

John Martin : De ma position, je vois Paepae quitter son trou et se rapprocher seul de l’orée du bois. Je lui indique d’un geste de la main que les boches sont planqués juste de l’autre côté. Il me fait un signe approbateur pour disparaitre dans le bois. Il réapparait enfin  très amusé  avec des prisonniers allemands qu’il a délogés tout seul.

HOLOZET Louis, Théophile, Teiva
Né le : 23.08.1918 à Faaa
Grade : Sergent

A Bir Hakeim, il commande le 3e groupe secondé par Jean Roy Bambridge. Le 8 juin 1942, il est déchiqueté par un tir de mortier.

Inhumé au cimetière de Bir-Hackeim, tombe 13, jusque 2001 puis au cimetière français de Tobrouk (Libye)

GRAFFE Louis, Maruake
Né le : 30.12.1911 à Papeete
Grade : Sergent

Louis Graffe est militaire d’active de 1933 à 1937 avant d’être mobilisé le 2 septembre 1939. Il est reconnu comme un bon instructeur et un homme  d’autorité sur les plus jeunes.

Son grand-père Marcel Graffe né en 1871 fut interprète principal dans l’administration territoriale. Sa grand-mère se nomme Tetauhiti Tetauru.

Son père Louis Terai Manarii Graffe dit Loulou né le 21 avril 1895 à Taunoa, est mobilisé pendant la Grande Guerre. Cité : a rempli avec beaucoup de courage et de sang-froid ses fonctions d’agent de liaison. Louis Graffe père sera à nouveau engagé volontaire pendant la Seconde Guerre mondiale dans les rangs des FFL au titre de la marine marchande. Engagé le 3 février 1942 à Sydney, il officie sur le Maréchal Joffre jusqu’au 30 avril 1944. La mère de Louis Graffe junior est Anna Caroline Nohotua a Teriierooiterai fille de Anna Caroline a Tom originaire des îles Marshall et de Teriitua a Teriierooiiterai.

MARTIN John
Né le : 08.12.1921 à Papeete
Grade : Sergent-chef

John Martin n’est âgé que de dix-neuf ans non révolus lorsqu’il s’engage. Sa mère signe son engagement sans un mot.

John Martin : Je suis fils unique, ma mère ne m’a jamais empêché de m’engager mais comme je n’avais pas 21 ans (j’avais 19 ans) elle a signé mon engagement. Elle m’a écrit une lettre qu’elle m’a remise au moment de mon départ pour la lire quand nous aurions dépassé la passe. Elle me disait tout le chagrin qu’elle avait de me voir partir parce qu’elle avait signé froidement mon engagement. Si le bateau avait été à quai, je serais peut être revenu à terre, je ne sais pas.

L’aspirant André Salvat commandant la section tahitienne le choisit comme adjoint.

John Martin : J’avais quarante-sept hommes sous mes ordres dont trois sergents chefs de groupe. La section comprenait trois groupes de combat de douze voltigeurs, respectivement commandés par le sergent Marcel Allaume, le sergent Henri Vidal et le caporal-chef Calixte Jouette. 

Lors de la sortie de vive force de Bir Hakeim, son casque lui sauve la vie ainsi qu’une boite métallique de fromage.

John Martin : Une balle de mitrailleuse m’a touché le casque. Celui qui était derrière moi m’a prévenu en voyant les étincelles. J’ai bien senti l’impact mais il y avait tellement de bruit partout ! En sortant, j’avais mis dans ma poche droite une boite en métal de fromage de l’armée anglaise, et dans l’autre une boite de lait liquide pour le cas où je me serais perdu dans le désert. La boîte de fromage a été percée par un éclat.

John Martin qui commande une section kanak est blessé en Italie.

John Martin  : Dans la pente du Garigliano, j’ai été blessé à la cuisse et à la cheville. J’étais furieux de commander un groupe de douze hommes, qui faisait treize avec moi. Nous avons eu huit tués en vingt minutes face à une compagnie planquée dans une maison alors que nous pensions qu’ils n’étaient que deux ou trois fantassins. Ce fut comme un coup de bâton: je suis tombé au sol. Je ne sentais plus ma jambe gluante de sang. L’odeur de la poudre était forte. Le calédonien tombé à côté de moi gisait mort, la tête emportée par un éclat de mortier. Je me suis extirpé seul du déluge de feu qui continuait à tomber en rampant. Piirani est venu à mon secours pour me panser.

Soigné à Meddalonce dans l’hôpital américain n° 64 installé dans un lycée, John Martin rejoint son corps lors du débarquement de Provence.

John Martin : En fait, notre chaland d’éclopés du Sampan a débarqué en même temps que les unités combattantes. Heureusement que l’ennemi dans ce secteur n’a opposé qu’une résistance de principe.

En Provence, John Martin participe à l’assaut de l’Hôtel Golf puis celui de La Mauranne.

John Martin : On a tiré au sort car on était destiné à y rester. On me donne l’ordre de nettoyer le premier étage de l’hôtel avec ma section canaque.

Il combat à Ronchamp avant que les Tamari’i Volontaires ne soient relevés pour être affectés à la garde du Gouverneur militaire de Paris.

Après guerre, John Martin assumera sans relâche la mémoire de ses frères d’armes Tamari’i Volontaires. Membre fondateur de l’Académie tahitienne, il sera le traducteur du petit prince en tahitien.

Tous les portraits Avenue Pouvana’a O’opa

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