DISCOURS

Conférence sur l’Océan

Événement en marge organisé par le Forum des îles du Pacifique

Lundi 5 juin 2017, 11:00  – Salle de conférence 12, Siège de l’ONU

Déclaration de M. Édouard Fritch

Président de la Polynésie française

 

Au début de cette réunion importante, permettez-moi de vous dire combien je suis honoré d’être parmi vous pour célébrer l’Océan, ici, au cœur-même de la communauté mondiale.

 

L’Océan est le socle nos sociétés. Nous sommes tous parfaitement conscients des services qu’il nous prodigue, comme la nourriture, la moitié de l’oxygène que nous respirons, une protection contre les cyclones ou encore d’énormes opportunités en matière de sciences et de loisirs.

En un mot, l’Océan c’est la VIE !

Être océanien, cela veut dire faire partie du peuple de la pirogue, le va'a, indissociable de son environnement : “l’Océan”, Te Moana o Hiva.

Notre lien étroit avec Te Moana tout au long de notre histoire a donné naissance à des savoirs traditionnels fusionnels. Te Moana constitue également une source riche permettant de développer de nouvelles perspectives concernant la relation entre l’Homme et la Nature. Par exemple, une de nos pratiques traditionnelles est le rahui ; elle a été adaptée et modernisée, mais est toujours en pratique.

L’Océan constitue notre identité culturelle et est la pierre angulaire de notre cohésion sociale. C’est aussi la base de notre économie et notre chemin vers la prospérité.

Mais l’Océan est terriblement menacé et mis en danger par l’Homme, de par ses activités et son comportement irresponsables. Changement climatique, surexploitation des ressources naturelles, pollution marine provenant de la terre et de l’Océan mettent nos moyens de subsistance en sursis. La lutte contre le changement climatique semble être sans fin. Mais nous devons continuer et redoubler d’efforts pour répondre à ces questions essentielles. Nous devons également faire face de manière urgente à d’autres menaces afin d’améliorer la résilience de notre Océan. Je veux parler ici de la pollution marine, notamment des débris plastiques, et de là surpêche.

Je pense que nous serons tous d’accord pour dire que la seule manière de continuer à avoir des sociétés insulaires durables, équitables et prospères, c’est de respecter et de prendre soin de notre Océan, tout simplement.

Pour ce qui concerne la Polynésie française, un Pays constitué de 118 îles éparpillées sur plus de 5 millions de kilomètres carrés et entourées d’eau, il ne s’agit pas juste d’un combat pour l’environnement ; c’est une lutte pour notre survie.

Dans certaines de nos îles, jusqu’à 90 % de l’apport en protéines provient du lagon. Notre première ressource économique est le tourisme tourné vers la mer ; viennent ensuite la perliculture, et, en troisième position, la pêche. Comme vous le voyez, notre économie est bleue !

Concernant le secteur de la pêche, j’ai interdit aux flottilles étrangères de venir pêcher dans notre ZEE depuis 1996. Aujourd’hui, cette zone est toujours exclusivement réservée à nos pêcheurs polynésiens. En outre, afin de préserver nos ressources, la pêche à la senne est totalement interdite.

Ainsi, alors que l’effort de pêche continue de s’accroître dans le Pacifique et que les stocks de thons sont déjà surexploités, nos eaux sont préservées. C’est la raison pour laquelle les flottilles étrangères convoitent ces ressources de valeur et se positionnent aux frontières de notre ZEE afin de bénéficier de l’effet de débordement, comme en témoignent les images satellites.

Je ne pense pas que ce soit juste que nous protégions nos ressources halieutiques au profit des autres et que nous devions supporter le poids de la conservation de manière disproportionnée.

J’attire instamment l’attention des grandes nations de pêche sur l’article 30 de la Convention WCPFC (Commission des pêches pour le Pacifique occidental et central) de Honolulu. Jusqu’à aujourd’hui, force est de constater hélas que les progrès ont été bien timides, notamment sur la gestion de l’effort de pêche en haute mer et sur les DCP dérivants utilisés par les senneurs.

Au-delà de nos efforts en matière de pêche durable, nous sensibilisons déjà nos générations futures à respecter et à prendre soin de notre Océan.

Je profite de l’occasion pour rendre hommage à mes concitoyens des îles Marquises, qui ont inventé ce nouveau concept : les Aires Marines Éducatives.

Dans le cadre de cette initiative, des scolaires sont directement impliqués dans un projet citoyen de gestion côtière participative et de protection de l’environnement marin. A la lumière de ce succès, nous avons décidé d’étendre ce concept aux autres îles de la Polynésie française.

Dans la même dynamique de protection et de gestion de nos ressources, nous sommes actuellement en train de faire de notre ZEE la plus grande Aire Marine Gérée au monde. Nous l’avons appelée : TE TAI NUI ATEA. Cette initiative a pour but de conserver et d’exploiter de manière durable notre environnement marin et ses ressources pour nos générations actuelles et futures. Elle constitue également notre contribution à l’effort régional et mondial visant à rétablir la santé, la productivité et la résilience de notre Océan.

Même si beaucoup a déjà été fait, il reste encore énormément à faire ! Nous ne pouvons porter ce fardeau tout seuls.

Aujourd’hui, je lance un appel aux experts afin qu’ils travaillent sur des dispositifs économiques et financiers afin d’améliorer la redistribution des avantages en matière de conservation. Autrement dit, j’appelle à la création d’un Fonds Bleu qui permettra aux peuples de l’Océan de développer leurs compétences, de permettre un transfert des meilleures technologies disponibles et de leur offrir un développement durable.

Il ne fait aucun doute qu’une crise des Océans deviendrait rapidement une crise économique et sociale, source d’insécurité au niveau mondial.

Je voudrais donc exprimer toute ma gratitude aux petits États insulaires en développement du Pacifique (PEIDP) qui sont à l’initiative et ont œuvré sans relâche en faveur de cet objectif durable très important dans le cadre de l'Agenda International pour le Développement Durable 2030.

Je souhaite à chacun d’entre nous d’atteindre cet objectif de développement durable et de pouvoir ainsi transformer notre planète pour les générations futures.

Je vous remercie de votre attention.

Māuruuru.

 

Gouvernement Fritch sept. 2014 - jan. 2017

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