DISCOURS

ALLOCUTION DE EDOUARD FRITCH

CELEBRATION DE L’ARRIVEE DES PREMIERS CHINOIS

12 MARS 2016

 

 

Monsieur le Haut commissaire,

Madame et messieurs les ministres,

Monsieur le Député,

Mesdames et messieurs les représentants,

Monsieur le maire de Papara,

Monsieur le maire délégué de Papeari,

Madame la présidente de Si Ni Tong

Monsieur le président de Varua Tupuna,

Mesdames et messieurs,

Chers amis,

 

 

Je remercie le président de l’association Varua Tupuna, d’avoir réussi à organiser ce rassemblement. Je sais que cela n’a pas été facile puisque vous avez été obligé de reporter cette cérémonie à plusieurs reprises en raison de certaines difficultés rencontrées dans l’organisation de cette célébration.

 

Malgré tous les aléas, vous y êtes arrivés et nous vous félicitons, ainsi que l’ensemble des personnes qui vous ont accompagné pour mettre sur pied cette manifestation.

 

Je remercie également les services du pays, l’Equipement, les Moyens généraux et la Sécurité pour avoir apporté leur précieux concours, sans lequel cette manifestation ne serait pas possible.

 

Chers amis, l’histoire de la communauté chinoise en Polynésie française a désormais 150 ans. C’est une longue histoire et c’est aussi l’histoire de la Polynésie moderne.

 

La Polynésie du 21ème siècle est le fruit d’un certain nombre de processus et d’évènements qui ont façonné notre société. L’arrivée des premiers chinois fait partie de ces évènements et de ces processus qui ont compté dans le modelage de notre pays.

 

Je dois reconnaître que le fruit façonné par notre histoire est plutôt réussi et enviable.

 

Je suis donc heureux que les associations Si Ni Tong et Varua Tupuna aient pu organiser cet anniversaire des 150 ans, pour plusieurs raisons que je voudrais rapidement évoquer. 

 

La première est qu’il est important de faire savoir qu’une partie de notre population polynésienne actuelle trouve ses origines parmi les migrants arrivés il y a 150 ans. Il y a beaucoup de maohi qui portent encore le nom de leurs ancêtres. Il y a des Lee Tham, des Chambaud, bien maohi de culture et de couleur de peau. Il est utile qu’ils connaissent leur histoire et ce que cette histoire a pu leur donner de bien ou de moins bien. Cette prise de conscience est un acte de vérité, d’identité et de réconciliation envers soi-même.

 

La seconde est que la recherche généalogique qui a été réalisée autour de ce millier de chinois arrivés en fin 1865 et début 1866, a fourni des informations intéressantes auprès d’un certain nombre de personnes qui viennent d’apprendre qu’ils descendent de ces premiers chinois arrivés en Polynésie française. Juste pour illustrer mes propos, notre ami Teva Rohfritsch, notre ami Jonas Tahuaitu, ont appris récemment qu’ils ont un ancêtre venu de Canton. Le fait de le savoir ne va pas bouleverser leur vie. Mais, c’est un élément d’information et de réflexion qui peut contribuer à consolider le caractère profondément pluri-ethnique de notre communauté polynésienne actuelle. C’est de prendre conscience que le métissage de nos compatriotes est une réalité et qu’elle est, peut-être, un facteur qui a favorisé l’entente et l’intégration des populations venues de l’extérieur.

 

La troisième est que cet anniversaire est une information et un apport à l’histoire de notre pays. Si l’association Varua Tupuna n’avait pas organisé cette manifestation, combien de polynésiens auraient su que les premiers chinois étaient arrivés il y a 150 ans ?  L’histoire de la communauté chinoise fait entièrement partie de l’histoire de notre pays. Cette histoire doit être écrite. Et comme toute histoire, elle devrait être enseignée à nos jeunes. Pour ma part, l’histoire et l’accès à toute connaissance de notre environnement humain, naturel et géographique de notre pays consolident notre identité.    

 

La quatrième est de nous montrer que les premiers chinois qui sont venus en Polynésie n’ont pas débarqué par aventure colonialiste. Ils sont arrivés, à cette époque, en tant que paysan pour travailler et servir le colon.  De ce fait, les chinois ont sans doute, au fil du temps, acquis leur place au sein de cette société par le travail et par le métissage. Ces faits d’histoire sont intéressants à approfondir et à analyser, d’un point de vue sociologique, pour comprendre les facteurs et les ressorts sociaux qui ont pu amener les communautés autochtones maohi à intégrer et à accepter ces apports humains externes.   

 

Ma présence, ce matin, c’est pour témoigner ma fierté envers nos polynésiens d’origine chinoise. Leur dire à nouveau qu’ils sont des citoyens à part entière de ce pays qui les a vu naître et dans lequel, ils mourront.

 

Pour ces 150 ans de bons et loyaux services à la Polynésie française, je voudrais au nom du gouvernement, de nos Représentants et de nos maires, adresser d’une manière solennelle, toute notre profonde reconnaissance et nos sincères remerciements pour tous vos apports à la prospérité de notre pays.

 

Je sais que pour beaucoup de familles chinoises, ce fut beaucoup de sacrifices et d’efforts pour, peu à peu, gagner une vraie place au sein de cette société. L’administration coloniale n’a pas toujours été tendre avec vos anciens. Je le sais. Mais, l’histoire et l’évolution de votre communauté a montré que vos sacrifices et vos efforts ont été utiles et récompensés à juste titre. 

 

C’est aussi tout cela qui a fait que nous vivons en paix et dans une pluri-ethnie acceptée et harmonieuse.

 

Aujourd’hui, nous formons un peuple, le peuple de Polynésie. Notre pluri-ethnie harmonieuse est un énorme atout. Nous n’avons pas comme la Calédonie ou Fiji, pour ne prendre que des exemples proches de nous, de problèmes ethniques qui ont pu conduire à des heurts violents et meurtriers. Sur le continent africain, asiatique, ou autre, nous sommes témoins de confrontations violentes et sanglantes entre ethnies et qui conduisent au chaos du pays.

 

Dieu merci, nous sommes un pays encore préservé de ces situations de barbarie et de sauvagerie.

 

C’est pourquoi mes chers amis, il est important que nous soyons conscients de notre chance et de nos atouts humains.

 

Pour se développer, il faut la paix. Pour prospérer, il faut la paix. Aussi, continuons à vivre en paix.

 

C’est aussi pour cette paix et  cette harmonie ethnique que des investisseurs chinois ont décidé de développer des projets en Polynésie française. C’est le cas de monsieur Wang Chen avec son projet de ferme aquacole et de Yvan KO avec le projet de Tahiti Mahana Beach.    

 

D’ailleurs, ce dernier, monsieur Yvan KO, dit que les îles de la Polynésie française sont le paradis perdu recherché par les chinois dans la légende du « Lost paradise of the cherry blossom ».

 

Nos îles font encore rêver beaucoup de personnes. Dans un monde où la préservation de l’environnement a pris une place importante dans notre humanité, il est compréhensible que nos îles perdues au milieu de l’océan deviennent une source d’attraits et de rêves.   

 

Je voudrais aussi saisir cette occasion pour vous adresser, à tous et à toutes, les amitiés de monsieur Wang Chen, président de la société chinoise Tahiti Nui Ocean Food qui aurait bien voulu être parmi nous en cette occasion. Mais, du fait du report de cet évènement, son agenda ne lui a pas permis de se rendre à Tahiti, en cette période.  Néanmoins, il m’a chargé de vous dire ceci : « Tianrui et sa filiale Tahiti Nui Ocean Foods présentent leurs meilleurs vœux à l'occasion du 150è anniversaire de l'arrivée des Chinois. Nous voudrions créer un projet durable qui développe l'économie et protège parallèlement l'environnement. Notre projet doit apporter du bien être à la population de la Polynésie française, car au-delà du projet d’ordre économique que nous voulons développer en Polynésie française, c'est aussi une grande amitié qui nous lie ensemble. Le succès du projet de ferme aquacole sera le nôtre mais aussi le vôtre, et c'est notre amitié qui le nourrira. Avec le soutien de l’Etat et du gouvernement de la Polynésie française, d’une part, avec l’implication et l’adhésion de la population et de l’effort de notre société Tahiti Nui Ocean Foods, d’autre part, je crois fort en l’avenir de notre projet et en celui de la Polynésie française ». Fin de citation.

 

Mes chers amis, cette célébration du 150ème anniversaire de l’arrivée des premiers chinois, est bien entendu l’occasion de prendre conscience du chemin parcouru par la communauté chinoise. Mais, c’est aussi l’occasion de nous projeter dans l’avenir, ensemble, avec confiance et détermination, comme l’ont fait les anciens chinois, ici.

 

Merci de m’avoir écouté.

Gouvernement Fritch sept. 2014 - jan. 2017

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