DISCOURS

Discours du Président de la Polynésie française

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Assises de la jeunesse,

- Présidence, Papeete, le 25 février 2016, à 9h 00 

 

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Monsieur le Haut – Commissaire de la République en Polynésie française,

Madame la Ministre de l'éducation et de l'enseignement supérieur, de la jeunesse et des sports,

Madame et messieurs les Ministres,

Monsieur le Président de l'Assemblée de Polynésie française,

Mesdames et messieurs les chefs des services de l’État et du Pays,

Mesdames et messieurs les Maires,

Madame et messieurs les responsables des confessions religieuses,

Mesdames et messieurs les élus associatifs de jeunesse, sportifs et culturels,

Mesdames et messieurs,

Chers jeunes, merci d’être venu si nombreux.

 

Je suis très honoré d’être présent ce matin avec vous, et pour vous, dans le cadre des Assises de la jeunesse de la Polynésie française.

 

C’est parce que je crois que la jeunesse constitue un atout pour notre Pays, et parce que je crois en son avenir, que j’ai encouragé notre ministre de la jeunesse à initier ce véritable exercice démocratique que sont ces Assises de la jeunesse.

 

Il y a plusieurs mois, le Pays s'est levé en masse, spontanément, pour dire STOP aux actes d’incivilité et de violence qui se sont déroulés en série. Ces actes traduisent à mes yeux un malaise ou un mal-être. Est-ce un malaise au sein de nos familles qui ne jouent plus leur rôle protecteur et éducateur ? Est-ce un mal-être dû à des incompréhensions générationnelles ? Est-ce un malaise dans notre vie en société ?

 

Vos Assises pourront peut-être apportées des réponses ou des éclairages à ces questions.

 

En tout cas, nous avons suffisamment de signes d’alerte pour inciter le gouvernement à aller vers vous et à vous tendre la main. Si nous laissons la situation se pourrir petit à petit, nous risquons d’aller à l’explosion de notre société.

 

J'ai donc demandé à ce qu'on agisse pour maintenir, voire reconstruire, la cohésion sociale et citoyenne au sein de notre communauté, mais également la cohésion familiale au sein de notre Fenua.

 

Il nous faut, avec vous, proposer des solutions. C’est l’objectif recherché par ces Assises.

 

Les organisateurs vous expliqueront et vous présenteront le déroulé et le programme des deux journées de réflexion. Je ne vais pas pour ma part les détailler. Je laisserai vos animateurs le faire. Ils le feront mieux que moi.

 

En revanche, je voudrais saisir cette occasion qui m’est offerte pour partager avec vous quelques convictions et quelques constats.

 

Je suis persuadé que tout polynésien naît avec les mêmes capacités et les mêmes potentiels que n’importe quel autre enfant de cette planète. Tout enfant, polynésien ou autre, naît avec toute la bonté d’un être innocent, et toute l’intelligence d’un enfant qui doit être éduqué et formé.

 

C’est son éducation, son environnement familial ou l’absence d’environnement familial, ses amitiés bonnes ou mauvaises, ses fréquentations qui façonnent l’évolution de cette personne.

 

Je constate que dans beaucoup de familles, il n’y a pas suffisamment de communication entre les parents, pas suffisamment de communication entre parents et enfants. On ne se parle pas assez dans nos familles.

 

Je caricature à peine en disant que, de plus en plus, c’est la télévision qui parle aux membres d’une famille. Les voix que l’on entend dans une maison sont souvent celles qui sortent du poste de télé. Ou bien, les enfants sont chacun dans leur chambre avec sa propre télé, son propre ordinateur et son propre téléphone portable. Chacun s’isole, chacun fait son activité dans son coin.

 

Il n’est pas étonnant, que dans un tel contexte d’absence de vie et de partage familial, les enfants soient amenés à chercher des amitiés ou de l’affection en dehors du foyer familial.

 

A cet égard, je suis agacé et énervé lorsque je vois des enfants ou des mineurs traînés au bord des routes après 22 heures. Je me dis : mais bon sang, pourquoi les parents laissent leurs enfants mineurs divaguer en dehors de la maison à des heures tardives ? Encore plus agacé, lorsque cela se passe durant les périodes scolaires. Je n’incrimine pas les jeunes. J’incrimine les parents qui laissent leurs enfants se livrer à eux-mêmes.

 

Alors, face à cette situation, beaucoup de parents disent que « les enfants ne les écoutent plus, ne les obéissent plus », que les « enfants ne supportent plus qu’on leur dise non », voire même «  que si on leur dit non, l’enfant menace de se suicider » !

 

Je suis persuadé que si l’enfant est arrivé à cette situation, c’est parce que les parents n’ont probablement pas suffisamment assuré leur rôle éducateur.

 

Eduquer, c’est communiquer.

 

Eduquer, c’est aussi savoir dire non à ses enfants. On peut aimer son enfant, rechercher son bien, le protéger, en lui refusant certaines de ses demandes.

 

Eduquer, c’est faire comprendre par des mots, par des actes, des attitudes et des comportements, les différences entre le bien et le mal.  

 

C’est pour cela qu’en même temps que vous menez les Assises de la jeunesse, d’autres personnes travaillent sur la famille, en se disant : qu’est-ce qui ne va pas dans nos familles ? Les travaux sur la famille aboutiront, vers le mois de Juin, à une Conférence sur la famille.

 

L’autre constat que je fais, c’est que beaucoup de jeunes ne savent pas ce qu’ils veulent devenir ou ce qu’ils veulent faire. Beaucoup de jeunes ont du mal à sa projeter eux-mêmes dans un avenir. Beaucoup de jeunes ont du mal à  trouver la bonne orientation professionnelle ou le bon projet de vie pour eux-mêmes. L’échec scolaire est encore trop important. Trop de jeunes se sentent encore nuls, ou incapables ou bons à rien. Beaucoup de jeunes ont le sentiment de ne pas avoir leur place au sein de cette société.

 

Or, comme je l’ai dit il y a quelques instants, tout jeune a du potentiel. Tout être humain a des qualités. C’est une évidence qu’il faut imprimer dans la tête de chaque être. Je rêve que chaque jeune soit conscient de cette évidence. Je rêve que chaque jeune sache qu’il a, comme tout le monde, suffisamment de qualités pour mériter sa place dans la société. Ce serait plus encourageant pour chacun d’entre nous.

 

Voyez-vous, chers jeunes, si nos dans nos familles et dans nos sociétés nous pouvions mieux communiquer ; si chaque jeune pouvait se convaincre de ses qualités, nous devrions avoir des enfants, des jeunes et de futurs adultes plus combatifs, mieux dans leur peau, et plus épanouis.

 

Je reste donc positif et optimiste, parce que je crois en l’être humain et en sa volonté de vouloir être meilleur.

 

Chers jeunes, je formule le vœu que ces Assises vous poussent à proposer des solutions qui vous rendent tous meilleurs.

 

Je vous remercie.

Gouvernement Fritch sept. 2014 - jan. 2017

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