DISCOURS

Discours du Président Edouard Fritch

Etats Généraux de l’Education

7 Décembre 2015

 

Monsieur le Vice-recteur,

Monsieur le Président de l’Université de la Polynésie française,

Monsieur le Président de la fédération des parents d’élèves,

Madame la ministre de l’éducation et de l’enseignement supérieur, de la jeunesse et des sports,

Madame la ministre du travail, des solidarités et de la condition féminine,

Madame la Présidente de la commission de l’éducation, de l’enseignement supérieur, de la jeunesse et des sports,

Monsieur le Président du CESC,

Monsieur le Président du SPC,

Mesdames et messieurs des corps d’inspection,

Mesdames et messieurs les directeurs d’établissement et chefs de service,

Mesdames et messieurs les membres du Haut-comité de l’éducation,

Mesdames et messieurs les membres des académies des langues polynésiennes,

Mesdames et messieurs.

 

 

C’est un honneur d’être parmi vous ce matin pour ouvrir les Etats généraux de l’éducation. La Charte de l’éducation, votée à l’unanimité en juillet 2011, arrive au terme des quatre années dévolues à son projet éducatif quadriennal.

 

Vous allez donc devoir, durant ces deux journées, en dresser le bilan et définir des perspectives pour les années à venir, avec pour seul objectif l’intérêt et la réussite de l’élève du système éducatif polynésien, quel que soit l’univers dans lequel il évolue, et l’île où il vit.

 

Dresser le bilan de la Charte de l’éducation de 2011, c’est en quelque sorte dresser le bilan du système éducatif polynésien.

 

En 1805, le révérend Davies, de la London Missionary Society, compose un alphabet tahitien, un vocabulaire tahitien-anglais et fixe quelques éléments de grammaire. Cinq ans après, en 1810, il ouvre la première école à Moorea. Et c’est tout naturellement qu’apparaissent en 1818 des abécédaires ainsi que des livres pour débutants, en anglais. Dans ce travail de codification de la langue, de traduction des Saintes écritures, il s’agissait pour les missionnaires anglais de continuer leur œuvre de conversion, de christianisation, sans oublier, pour autant, l’enseignement d’autres disciplines.

 

En 1842, après l’instauration du protectorat français sur le royaume des Pomare, un arrêté pris à Papeete en 1855 ordonne de créer des écoles de district dans toutes les îles. Les Sœurs de Cluny ouvrent les premières écoles catholiques de filles en 1847, puis les frères de Ploërmel ouvriront les écoles de garçons en 1860. Au cours de ces années, l’enseignement de la langue française devient obligatoire et le premier livre de lecture paraît en 1863.

 

Vers le début des années 1960, trois événements majeurs vont bouleverser la société polynésienne. Il s’agit de l’arrivée de la production américaine Métro Goldwyn Mayer (MGM), avec le tournage du film sur les révoltés de la Bounty ; de l’ouverture de la piste d’aviation internationale Tahiti-Faaa ; et de l’arrivée du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP).

 

Ce sont les premiers contacts massifs de la Polynésie avec le modèle économique actuel. Papeete attire par ses mille facettes, ainsi assiste-t-on à une accélération des mouvements migratoires des archipels vers Papeete. Entre 1962 et 1967, la population des communes constituant la zone urbaine augmente de 84 % pour la commune de Faaa ; de 100 % pour celle de Pirae et de 35 % de celle de Papeete. Cette migration va en s’augmentant durant les années qui vont suivre. De ce fait, la démographie explose : sur un total de 99 192 habitants en 1967, 45 143 ont moins de 15 ans, soit 45,51 % de la population.

 

Déjà, les prémices d’une transformation sociale commencent à se dessiner, notamment pour les familles qui viennent des îles lointaines, sans conditions réelles d’accueil.

 

Le véritable essor de la scolarisation de masse se situe vers les années soixante. Le baccalauréat est mis en place en 1965, et la Polynésie française découvre son premier bachelier. Deux ans plus tard, 124 élèves se présentent au bac, et 87 l’obtiennent. En 1972, ces chiffres passent de 195 candidats présents pour 118 lauréats.

 

Pourtant, en 1971, des retards commencent déjà à être identifiés.  Au niveau CP, 82,7 % des enfants ont l’âge normal en France contre 47,3 % en Polynésie. Au niveau CM2, 59,1% des enfants ont l’âge normal en France contre 21,6 % en Polynésie. Corrélativement, la majorité des élèves a 2 ans de retard en 6ème, et 3 ans en 3ème.

 

C’est pourquoi, au début des années 90, des Etats généraux de l’éducation vont dessiner les contours d’une Charte de l’éducation, celle de 1992. Elle s’inspire du modèle national. Elle marque le passage du droit à l’instruction au droit à l’éducation, qui devient une priorité essentielle pour la collectivité, considérant celle-ci comme le vecteur par excellence du changement social. L’enfant est pris en considération, il est placé au cœur du système.

 

En 2003, de nouvelles perspectives sont définies. Elles s’inscrivent dans la continuité de la politique éducative de 1992. Un bilan de 10 ans d’application de la Charte a été dressé et l’Assemblée de la Polynésie française adopte des perspectives d’action dans le domaine de l’éducation. Des nouveaux objectifs sont formulés en six déclinaisons principales : renforcement de l’enseignement du français ; renforcement du reo ma’ohi ; réduction de la déscolarisation ; poursuite de la réduction de l’écart entre Tahiti et les îles ; restructuration de l’encadrement pédagogique ; développement de l’enseignement pédagogique.

 

En 2007, un rapport d’étape est réalisé par une mission de l’inspection générale de l’éducation nationale. Ce rapport met en exergue trois carences majeures : des résultats trop faibles aux évaluations nationales ; une déscolarisation précoce ; des écarts de réussite scolaire significatifs entre les différents archipels.

 

C’est pourquoi, en 2011, une nouvelle Charte de l’éducation est élaborée et votée par l’Assemblée de la Polynésie française. Dans cette nouvelle Charte, l’éducation est déclarée comme la priorité du Pays, et la préoccupation est davantage centrée sur la qualité de l’insertion professionnelle des élèves. La réussite de tous les élèves est de nouveau résolument placée au centre du système éducatif et des attentes de la société polynésienne. À cette fin, l’école doit s’efforcer à devenir plus ouverte et impliquer davantage les familles, et aussi plus instruite sur les réalités des milieux professionnels.  L’École doit mettre en place une stratégie plurilingue.

 

Je vous disais tantôt que c’est en 1965 que la Polynésie française a connu son premier bachelier. En 2015, 2630 élèves ont obtenu leur baccalauréat, soit 82 de plus qu’en 2014. La proportion d’une classe d’âge atteignant le niveau Bac est de 54,79% en Polynésie française en 2015, qu’il convient de comparer aux chiffres du ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche qui a publié un taux de 77,2% de bacheliers d’une classe d’âge au baccalauréat en 2015.

 

Le ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche a également publié un taux global de 87,8% d’admis au baccalauréat en 2015 contre 83,3% en 2007, soit une progression de +4,5. En Polynésie française, le taux global d’admis au baccalauréat en 2015 est de 79,1% contre en 71,8% 2007, soit une progression de +7,3.

 

Si les résultats restent en deçà des références métropolitaines, ils s’en rapprochent peu à peu depuis ces dernières années, montrant par la même une progression de l’efficience du système éducatif polynésien.

 

Les travaux et réflexions que vous allez mener durant ces deux journées vont porter, non seulement sur le système scolaire et son efficience, mais aussi sur l’impérieuse nécessité de dessiner les contours d’une approche interministérielle et multi partenariale rénovée et renforcée.

 

Dans cette dynamique, le schéma directeur des formations vous sera présenté ce matin, schéma élaboré par le Vice-rectorat, l’Université, le ministère du travail et le ministère de l’éducation.

 

Les perspectives de la Charte de l’éducation seront intégrées dans la future convention Etat-Polynésie française relative à l’éducation, convention qui mettra en synergie les moyens financiers et humains avec les actions pédagogiques et éducatives, c’est-à-dire une approche de performance.

 

Je vous sais impliqués sur la question de l’éducation des élèves qui nous sont confiés, et surtout investis pour construire un avenir prometteur pour nos enfants. Je suis convaincu que vous les aimez autant que moi, car « L’éducation, c’est l’affaire de tous, c’est l’avenir du Fenua. »

 

Je vous souhaite d’excellents états généraux.

Gouvernement Fritch sept. 2014 - jan. 2017

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