DISCOURS

COMMISSION DE SUIVI DES CONSEQUENCES DES ESSAIS NUCLEAIRES

PARIS

MARDI 13 OCTOBRE 2015

 

 

Madame la ministre,

 

Mesdames et messieurs,

 

Je remercie madame la ministre d’avoir organisé cette rencontre qui est, me semble-t-il, attendue par nombre d’acteurs autour de cette table. Je souhaite que nous ayons une matinée de travail fructueuse et que tout le monde se quittera tout à l’heure avec satisfaction.

 

Nous avons à traiter d’une manière efficace le sujet délicat des conséquences des essais nucléaires.

 

En termes de conséquences, toute la nation française n’est pas logée à la même enseigne. Il y a une grande partie qui  bénéficie plutôt positivement des  conséquences grâce par exemple à l’accès à bon marché d’une énergie tirée des activités civiles du nucléaire ou à des emplois industriels valorisant les technologies issues de la maîtrise de l’atome. Puis, il y a une autre partie de la nation, beaucoup moins nombreuse, celle qui a accepté de servir directement la cause nucléaire il y a plus de 50 ans et pour qui le nucléaire est devenu aujourd’hui pour certains d’entre eux une souffrance, pour d’autres une source de frustration et d’injustice, et pour d’autres encore un sujet de règlement de compte politique.

 

Comme vous le savez, c’est dans cette dernière partie de la nation que je réside. En tant que président de la Polynésie française, c’est un gros dossier que j’ai à traiter car il a des facettes sanitaires, environnementales, économiques et politiques. En effet, outre la question de l’indemnisation des victimes du nucléaire, la Polynésie française doit également faire face au dossier de la surveillance géologique de l’atoll de Moruroa (projet TELSITE), à la dépollution de l’atoll de Hao, au suivi épidémiologique des populations des atolls à proximité de Moruroa et de Fangataufa, aux revendications des associations telles Moruroa e tatou et de Tamarii Moruroa, ici présentes, à la reconversion de certains sites nés du Centre d’Expérimentation du Pacifique, aux assauts politiques de l’assemblée de la Polynésie française au travers de résolution sur le nucléaire, etc.

 

Je voudrais également, madame la ministre, vous dire avec gravité mais en toute courtoisie que 20 ans après l’arrêt définitif des essais nucléaires, la Polynésie française n’a pas encore tournée la page du nucléaire. C’est un sujet encore chaud qui suscite de vifs débats au sein de la population et ainsi au sein de la classe politique. Il est un fait que le Centre d’Expérimentation du Pacifique est parti. Il est aussi un fait qu’on a laissé aux Polynésiens de gros soucis environnementaux, de gros soucis sanitaires et de gros soucis économiques. Le nucléaire a provoqué de profondes cicatrices en Polynésie française. Certaines ne sont pas encore refermées et en particulier toutes celles qui touchent aux volets environnementaux et sanitaires. A titre d’illustration, nous avons découvert que des carcasses des avions vautour qui traversaient le nuage radioactif durant les essais aériens n’ont été enlevées de la passe du lagon de Hao qu’en 2013.  De gros monticules de batteries, de pneus, de ferrailles avaient été immergés dans le lagon de Hao et retirés qu’en 2013. La Polynésie n’a pas crié au scandale. Mais nous voulons que vous, représentante de l’Etat, compreniez que cette réalité est pour le moins scandaleuse et saisissiez bien pourquoi le sujet du nucléaire est encore brûlant en Polynésie française.

 

Bref, le gouvernement de la Polynésie française est lui aussi, aujourd’hui, amener à gérer de nombreux dossiers  liés aux conséquences du nucléaire.

 

Je tenais à vous faire part de cette photographie plus large des conséquences du nucléaire afin que tous ici, ayez cela en tête et mieux peser vos points de vue sue le sujet.

 

Toujours est-il que je tiens néanmoins à saluer le geste de l’Etat lorsqu’il a reconnu le fait nucléaire en janvier 2010 par une loi.

 

Ce fut un geste fort de l’Etat. Cela a donné un espoir aux milliers de familles qui attendaient un geste de l’Etat.

 

Malheureusement, la déception des victimes présumés s’est faite jour rapidement. Les familles avaient le sentiment que l’esprit de la loi Morin avait permis d’aller un pas en avant, mais que son application les plaçaient dans un parcours inextricable, source d’incompréhension et au final de frustration et d’injustice. 

 

Aujourd’hui, l’Etat souhaite assouplir l’application de la loi Morin. Tant mieux.

 

Cependant, permettez-moi, madame la ministre de vous dire que je rejoins les points de vue des deux associations Moruroa e Tatou et Tamarii Moruroa sur le fait que la notion de « risque négligeable » mentionnée dans l’article 4 est un des points de crispation. Ils ont le sentiment que ces deux mots « risque négligeable »  considèrent le dévouement des anciens travailleurs des sites nucléaires pour « négligeable » aux yeux de l’Etat. Il est établi que durant la période des 46 essais nucléaires à Moruroa et Fangataufa, des travailleurs ont été exposés directement à la radioactivité. J’ai des témoignages de polynésiens qui étaient plongeurs à l’époque des tirs aériens et qui ont avalé l’eau de mer durant leurs plongées effectuées juste après un tir. Beaucoup de ces personnes sont mortes pour insuffisance respiratoire avec 70% de poumon en moins. Bien entendu ces personnes n’ont jamais réussi à se faire entendre auprès de l’Etat. Vous imaginez que parmi les descendants de ces personnes, il y a des frustrations très vivaces, source de rancœur contre la France.

 

Madame la ministre, nous devons aussi traiter ces blessures morales. La France est une grande nation des droits de l’homme. C’est indéniable, des Polynésiens ont souffert dans leur chair pour avoir servi sincèrement la France. Puisse l’Etat être plus ouvert à cette souffrance.

 

Je vous remercie. 

 

 

Gouvernement Fritch sept. 2014 - jan. 2017

Liens utiles

 

-www.net.pf

 

-www.innovation-publique.pf