DISCOURS

Colloque ANRU

« Les enjeux des politiques de rénovation

urbaine en Polynésie française »

Vendredi 13 mars 2015

 

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Intervention de Monsieur le Président

de la Polynésie française

M. Edouard FRITCH

 

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Monsieur le Haut-commissaire de la République 

Monsieur le président de l’assemblée de la Polynésie française 

Messieurs les députés 

Mesdames et Messieurs les ministres du gouvernement 

Monsieur le Maire de la commune de Dumbea

Mesdames et Messieurs les Maires,

Mesdames et Messieurs les membres de l’assemblée de la Polynésie française 

Monsieur le président du Conseil Economique Social et Culturel 

Monsieur le président de l’Université de Polynésie française 

Mesdames et Messieurs les chefs des services de l’Etat, de la Polynésie française et des établissements publics 

Madame et Monsieur les représentants de l’ANRU

Mesdames et Messieurs de la société civile 

Chers amis,

 

 

Je suis très heureux de vous accueillir ce matin pour l’ouverture de ce colloque qui doit nous permettre avec la participation de la délégation de l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) dont je remercie également la présence, d’approfondir ensemble un certain nombre de pistes de réflexions qui nous seront très utiles pour mieux cerner et définir les enjeux des politiques de rénovation urbaine en Polynésie française. 

 

Il s’agit comme vous le savez d’un axe fort que j’ai souhaité mettre en œuvre de façon prioritaire dans l’action de mon gouvernement en regroupant trois portefeuilles clés au sein d’un même ministère, il s’agit de la politique de la ville et de la rénovation urbaine, de la politique du logement et celle des affaires foncières et du domaine.

 

L’ambition de mon gouvernementest de pouvoir aujourd’hui comme demain, répondre aux attentes légitimes de nos concitoyens qui nous demandent, de leur apporter des réponses très concrètes aux difficultés qu’ils rencontrent au quotidien dans leurs conditions de vie actuelles.

La Polynésie connaît comme de nombreux autres pays ultramarins et océaniens des problématiques sociales complexes en matière d’habitat qui sont liées à l’insularité, à la décohabitation et au phénomène de concentration urbaine des populations identiques à celles que nous retrouvons principalement sur l’île de Tahiti.

 

Nous ne pouvons nous résigner face à cette situation qui n’est pas une fatalité et sur laquelle nous, dirigeant politique responsable, n’aurions plus de prise. L’ensemble de mon gouvernement mais plus particulièrement le ministre du logement dont je remercie l’engagement actif et pugnace, sommes déterminés à nous attaquer avec force aux difficultés socio-urbaines du Pays avec l‘objectif d’éradiquer toutes les zones enclavées souvent synonymes d’habitats indignes et insalubres et qui concernent les familles les plus démunies.

 

Cette volonté politique ne sera pas néanmoins suffisante et les résultats que nous ambitionnons ne pourront être atteints sans l’action conjuguée de tous nos partenaires institutionnels que sont l’Etat et les communes de Polynésie, et je ne voudrais pas oublier le travail essentiel des réseaux associatifs et de proximité.

 

Je sais que je peux compter sur l’engagement solidaire de chacun car je suis convaincu en effet que la résolution de ces problématiques complexes de rénovation urbaine sont possibles et à notre portée… mais à condition toutefois que nous parvenions à agréger nos compétences et nos moyens pour déterminer des solutions durables et adaptées à nos modes de vie actuels et futurs. La présence des experts de l’ANRU et la démarche de labellisation « écoquartier » que nous souhaitons adopter rapidement en Polynésie attestant des convergences que nous devrons mettre en œuvre.

 

Mais notre ambition ne peut s’arrêter là car il est de notre devoir comme je l’indiquais précédemment de nous projeter dans l’avenir pour anticiper notamment les évolutions structurelles importantes que notre société polynésienne connaîtra dans un futur proche.

 

Madame la ministre de l’outremer a indiqué d’ailleurs dans son discours avant son départ mercredi soir, qu’il était important que le Pays propose un nouveau projet de société ambitieux et moderne afin que les problématiques sociales, économiques, climatologiques mais également les attentes de notre population et de notre jeunesse soient mieux prises en compte. J’ai bien entendu ses messages qui rejoignent en tous points les préoccupations actuelles et les travaux de mon gouvernement.

 

 

Pour renforcer néanmoins ce processus d’appropriation qui constitue un gage certain de réussite pour cette entreprise de longue haleine, il convient dès à présent de faire preuve d’innovation mais aussi de pragmatisme. Il est en effet important que les logements qui seront demain proposés à notre population bénéficient d’un environnement sain, agréable et porteur à tous les niveaux, la proximité familiale ne pouvant demeurer de nos jours encore un frein à l’évolution naturelle de notre jeunesse.

 

Il est essentiel dans le cadre des travaux qui seront menés aujourd’hui de conserver à l’esprit que les politiques publiques sectorielles n’auront de chance d’aboutir dans des domaines aussi divers et variés que le logement, la rénovation urbaine ou l’aménagement que si elles sont accompagnées au préalable d’expertises solides et sérieuses et qu’elles sont dotées en outre de moyens financiers conséquents.

 

Cette difficile équation technique et budgétaire au regard de nos contraintes budgétaires au niveau du Pays nous impose d’être capable d’élaborer des programmations pluriannuelles mais surtout de nous responsabiliser en nous engageant à les respecter de façon rigoureuse.

 

Il s’agit d’une exigence à laquelle nous ne pourrons déroger car elle nous permettra de restaurer notre confiance et notre crédibilité auprès notamment des bailleurs de fonds institutionnels tels que la Caisse de dépôt et de consignation (CDC) dont nous espérons l’arrivée prochaine en Polynésie, sans oublier de nouveaux partenaires bancaires et financiers comme le groupe de la banque populaire et des caisses d’épargne (BPCE) qui interviendra sur le secteur privé du logement social.

 

Cette planification au travers du nouveau schéma directeur du logement qui est en cours d’élaboration, est indissociable de la réussite des projets de rénovation urbaine que nous conduirons, schéma directeur qui intégrera nécessairement des matières toutes aussi essentielles que celle de l’urbanisme, de l’aménagement, de la fiscalité ou encore de l’écologie.

 

La problématique générale du logement social en Polynésie ne saurait enfin être abordée sans que l’on ait essayé au préalable de réfléchir sur  la reconfiguration de notre organisation urbaine. Les compétences que nous détenons statutairement en Polynésie au plan législatif et réglementaire doivent nous inciter avec l’appui de nos experts de l’ANRU, à faire preuve davantage encore d’innovation pour proposer des textes juridiques qui seront destinés à mieux encadrer les nouveaux schémas de rénovation urbaine.

 

 

Nous avons ainsi dans le cadre de notre autonomie statutaire l’ambition de positionner clairement la Polynésie comme un laboratoire d’expérimentation qui soit incubateur de projets novateurs en matière d’aménagement et d’urbanisme tropical.

 

Les résultats prometteurs que nous attendons des expériences que nous mènerons dans ce domaine stratégique devraient permettre à la Polynésie d’être, pour la métropole et les territoires ultramarins concernés, une référence sinon un modèle (en toute modestie bien sûr). Je suis persuadé en effet que notre savoir faire polynésien dans la maîtrise des problématiques d’habitats en zone tropicale pourra à terme, être exporté vers d’autres territoires qui sont soumis à des contraintes climatologiques comparables.

 

Cette nouvelle organisation urbaine devra donc être conçue dans une forme originale et novatrice avec une composante tropicale mais aussi maritime qui diffère de nos standards actuels et en particulier de ceux de métropole car il nous faudra être davantage tourné vers la mer et pas seulement vers nos montagnes.

 

Il convient de préciser en effet que ces composantes importantes n’ont jusqu’à maintenant jamais été totalement intégrée dans nos programmes et normes de construction alors même que notre positionnement géographique dans ce vaste océan pacifique et notre environnement climatologique l’imposaient très probablement.

 

Pour se faire, nous demanderons aux experts que nous solliciterons de travailler sur la définition d’une nouvelle norme HQE tropicale ainsi que sur de nouveaux matériaux mieux et plus adaptés par rapport aux normes actuelles et futures de construction. 

 

Enfin et pour répondre aux besoins de l’ensemble des acteurs communaux du contrat urbain en terme d’ingénierie technique, juridique ou encore financière, j’adresserai prochainement un courrier au ministre en charge du logement du gouvernement de la métropole afin d’obtenir de l’Etat si possible avant la fin de cette année, la création d’une antenne de l’ANRU en Polynésie française.

 

Je souhaite que ce projet soit bien évidemment relayé par nos deux missionnaires et que nous puissions dans le même temps mettre en place et en commun des échanges de compétences au moyen de formations professionnelles qualifiantes dont pourraient bénéficier nos jeunes universitaires au sein de sociétés et d’organismes basés en métropole.

 

 

 

Cette nouvelle antenne de l’ANRU qui pourrait le cas échéant travailler en collaboration avec l’ANHA (agence nationale pour l’amélioration de l’habitat) aura pour principale mission d’apporter un soutien logistique et une assistance technique pour accompagner les différents projets que nous devrons élaborer pour respecter la feuille de route que nous nous sommes assignés.

 

La mise en commun de nos expériences et de nos compétences au niveau local mais également dans le cadre de nos échanges avec celles de la Nouvelle Calédonie, les réalisations bénéfiques de l’ANRU dans l’Outremer, permettront à n’en pas douter d’élaborer des schémas opérationnels de rénovation urbaine mieux adaptés à nos spécificités et aux modes de vie que nous souhaitons avoir et que nous rechercherons pour demain, si l’on se place dans une perspective de développement durable.

 

Avant de conclure cette allocution, je souhaiterais vous assurer que l’ensemble des ministères de mon gouvernement sont mobilisés pour faire converger nos politiques publiques dans les secteurs comme celui de la rénovation urbaine, cette vision transverse au moyen de l’inter ministérialité devant nous servir à mettre davantage encore de cohérence dans nos actions publiques pour atteindre les objectifs ambitieux que le Pays s’est assigné pour les prochaines années.

 

Je vous remercie à nouveau pour votre participation nombreuse et active à ce colloque et espère que nos échanges seront fructueux et profitables à tous.   

 

Gouvernement Fritch sept. 2014 - jan. 2017

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