DISCOURS

DISCOURS EDOUARD FRITCH

Lundi 23 Février 2015

RECEPTION EN L'HONNEUR DE MONSIEUR JEAN JACQUES URVOAS

 

 

Monsieur le président de la Commission des Lois, cher Jean Jacques,

Monsieur le Haut Commissaire,

Monsieur le président de l’Assemblée de la Polynésie française,

Madame et Messieurs les députés,

Monsieur le Vice président de la Polynésie française,

Mesdames et messieurs les ministres,

Mesdames et messieurs les Représentants,

Mesdames et messieurs les élus de Calédonie,

Monsieur le conseiller de la commission des lois,

Mesdames et messieurs,

Chers amis,

 

Nous avons le grand honneur d’accueillir une très haute personnalité de l’assemblée nationale. C’est également pour nous un grand privilège de recevoir une personnalité politique nationale de premier plan.

 

Monsieur le président, cher Jean Jacques, bienvenu en Polynésie française. Manava e maeva.

 

Merci d’avoir pris de votre précieux temps pour venir jusqu’à nous afin de vous rendre compte de vos propres yeux tout ce que vous avez pu entendre sur la Polynésie française. Par votre visite, vous pourrez matérialiser ce que tous les mots et toutes les explications ne peuvent sentir, toucher et voir.

 

Si vous avez pris de votre précieux temps pour être parmi nous, c’est parce que, j’ose l’imaginer, vous êtes venu en ami de la Polynésie française. Dans une interview parue ce jour, vous vous placez comme un partenaire institutionnel du gouvernement que je préside. Je vous en remercie.

 

Vous avez également, ce matin, devant mon gouvernement, affirmé que vous vouliez « être utile aux habitants de la Polynésie française ».

 

Sachez, monsieur le président, que je suis aussi et mon gouvernement avec moi, dans ce même état d’esprit. Depuis que j’ai été élu à la présidence de la Polynésie française, il y a 5 mois, je travaille pour l’intérêt général. Non seulement je le dis, mais je le fais. Puisque nous sommes animés par le même état d’esprit, nous ferons, ensemble, œuvre utile pour tous les habitants de la Polynésie française, avec efficience et efficacité.

 

La crise que traverse encore la Polynésie française a des conséquences difficiles pour un grand nombre de familles. Un taux de chômage à plus de 25%, difficulté inédite pour la Polynésie française, oblige toute la classe politique à prendre de la hauteur et à être digne par rapport à sa responsabilité de représenter un peuple qui réclame des solutions à la crise. 

 

Je sais, pour avoir pu passer un peu de temps à discuter avec vous à Paris, durant mes deux années de députation, que vous avez envie d’aider ces français de 20 000 km et qui défendent la France. Vos origines bretonnes vous poussent naturellement à être ouvert à ces français qui ont osé prendre le large pour former nos communautés d’outre mer.

Par vos origines et les récits de vos aïeux vous savez qu’il faut du courage et de la force de caractère pour partir au loin, voile au vent, chercher meilleure fortune. Beaucoup de bretons ont fini leur périple sur nos rivages paisibles et hospitaliers.

 

Par le fort métissage qui forme aujourd’hui la communauté polynésienne, il y a certainement dans chacun et chacune d’entre nous, un peu de breton dans nos gênes. 

 

Aussi, monsieur le président, c’est sans doute pour ces raisons que le courant a pu facilement passer entre nous et j’en suis heureux.

 

Nous vous remercions également pour vos efforts en ayant pris le temps utile et suffisant pour mieux cerner notre pays. Votre séjour vous permettra de mieux appréhender les problématiques qui se posent à notre collectivité en tant que pays d’Outre-mer et celles qui se posent à nos communes.

 

La Polynésie française a une double particularité parmi les collectivités de la République française. Tout d’abord, elle est l’une des plus éloignées de sa métropole. Plus de 16 000 km de distance. Ensuite, elle est la plus vaste, car éclatée, comme vous le savez, sur une superficie aussi immense que celle de l’Europe. En outre, les grands marchés les plus proches sont à plus de 6 000 km.

 

Ces particularités géographiques engendrent nécessairement toute une série de contraintes que nulle autre collectivité de la République ne subit :

 

-         Des coûts de transports internationaux, aériens et maritimes, importants ;

-         Des besoins et des coûts de transports domestiques, aériens et maritimes, importants ;

-         Des infrastructures routières, portuaires, aéroportuaires  et de télécommunications démultipliées ;

-         Des structures sanitaires, éducatives, sportives démultipliées.

 

Bref, des besoins qui induisent des investissements considérables que certains, vus de Paris, trouvent disproportionnés au regard du nombre d’habitants. Mais c’est un fait, notre situation géographique engendre des coûts structurels énormes qui enchérissent les coûts de production de nos activités économiques. C’est une réalité incontournable.

 

Monsieur le président Urvoas, en allant aux Marquises et aux Tuamotu, vous vous rendrez compte de ces réalités. Et, c’est dans ce contexte que nous gérons notre autonomie et que nous essayons de nous prendre en charge avec nos moyens et avec l’indispensable solidarité de l’Etat.

 

Vous comprendrez que le supplément de solidarité que nous tentons parfois de solliciter n’est pas du luxe. Vous comprendrez que même si nous ne sommes que 280 000 habitants, la complexité de la gestion de la Polynésie française dépasse celle de vos régions de métropole. Vous comprendrez qu’il est difficile de faire des économies d’échelle lorsque notre population est dispersée sur 80 îles.

 

Au cours de votre séjour, nous parlerons beaucoup d’autonomie, nous parlerons du Code général des collectivités territoriales, nous parlerons de nos réalités qui sont parfois en décalage  avec la vision ou l’imagination de nos législateurs nationaux.

 

Parfois, la Polynésie, cette France du Pacifique, souffre de ce jacobinisme qui, désirant à tout prix nous faire du bien, nous impose des modèles, sans doute bons pour des régions métropolitaines, mais désastreux ou inadaptés pour nos environnements insulaires tropicaux et imprégnés d’une culture non européenne.

 

L’autonomie est un mot qui sera au centre de votre séjour polynésien.

 

C’est un concept juridique imaginé il y a 50 ans, par la loi Deferre. Puis, il a véritablement pris forme, il y a 30 ans, à travers le statut de 1984. 

 

Pour la Polynésie française, l’autonomie est l’outil adapté et adéquat à l’expression de nos réalités culturelles, économiques, sociologiques et politiques.

 

En Juin 2014, en tant que président de l’Assemblée de la Polynésie française, j’avais organisé un colloque sur le thème du bilan des 30 ans d’autonomie.  Ce bilan est nécessaire pour évaluer notre capacité et notre maturité à assumer avec responsabilité notre autonomie.

 

Dans mon esprit d’autonomiste convaincu, il s’agit avant tout de regarder avec lucidité nos faiblesses pour tirer les leçons qui nous feront grandir et avancer dans la dignité et la noblesse de l’autonomie.

 

Beaucoup de nos juristes, beaucoup de nos cadres de l’administration ont pu établir des constats sur certaines difficultés à exercer certaines dispositions juridiques de notre statut. Ces constats ont été rassemblés et ils nous permettent aujourd’hui de vous faire des propositions tendant à améliorer le fonctionnement de nos institutions sans toucher à leur équilibre général.

 

Monsieur le président, cher Jean-Jacques, nous sommes ravis et heureux que l’Etat éprouve à nouveau de l’intérêt pour la Polynésie, cette France plantée au milieu du Pacifique.

 

Au cours de votre séjour, nous allons parcourir beaucoup de kilomètres. Notre souhait est qu’au bout des 9 jours de votre visite en Polynésie française, vous quittiez ce pays avec l’idée que l’on doit aborder les problématiques de cette France du Pacifique sans esprit jacobin et avec une meilleure prise en compte de nos réalités et de nos contraintes structurelles.     

 

Monsieur le président, à nouveau, merci d’être parmi nous.

 

Mauruuru.

Gouvernement Fritch sept. 2014 - jan. 2017

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