DISCOURS

ALLOCUTION DE M. EDOUARD FRITCH

RENCONTRE AVEC LES REPRESENTANTS

DES SYNDICATS DE SALARIES

JEUDI 15 JANVIER 2015

 

Monsieur le Vice-président de la Polynésie française,

Mesdames les ministres,

Messieurs les ministres,

Mesdames et Messieurs les représentants des salariés en Polynésie française,

Chers amis,

 

Tous mes meilleurs vœux pour cette année qui s’ouvre, à chacune et chacun d’entre vous, à vos familles et aux membres de vos organisations respectives. Que cette année puisse nous permettre, nous les acteurs économiques, sociaux et politiques de ce pays, de nous atteler aux grands défis de notre société dans un esprit d’écoute, d’ouverture et de compréhension mutuelle.

Trop d’années d’errements politiques, je le reconnais, ont sapé les acquis dans les domaines éducatifs, sanitaires, sociaux et économiques. Nous avons le sentiment d’avoir reculé, d’avoir perdu du temps.

Je formule le vœu que l’intérêt général, que l’intérêt de notre population toute entière soit au centre de nos préoccupations permanentes.

En tout cas, je vous remercie d’avoir répondu à mon invitation et de m’honorer de votre présence. J’avais souhaité vous rencontrer avant la Noël, mais je n’ai pu confirmer cette rencontre que très récemment, en raison d’un agenda assez chargé, et je vous prie de bien vouloir m’en excuser.

Les 100 jours de ma présence à la présidence du Pays me donne l’occasion d’aborder et de partager avec vous les préoccupations qui m’habitent et les espoirs qui m’animent ainsi que les membres de mon gouvernement.

 

La première de mes préoccupationset cela vous préoccupe aussi au plus haut point, c’est l’emploi.

Je sais combien de nos compatriotes ont perdu leur « job » au cours de ces dix dernières années, jetant ainsi de nombreuses familles dans la précarité. 

Non seulement il nous faut, à tout prix, préserver les emplois qui existent encore mais il nous faut créer les conditions du développement économique afin que par la création de richesses, nous soyons en mesure de redonner de l’espoir à tous ceux qui sont en recherche d’un emploi.

Nous voyons trois conditions pour favoriser le retour à l’emploi.

Tout d’abord, le développement économique conditionne la création d’emploi.

Pour cela, nous avons activé le levier de la commande publique dans un effort conjoint Pays, communes et Etat.

 

 

Pour le Pays, sur 2015, c’est 37,5 milliards de crédits de paiement qui seront alloués aux opérations d’investissement avec un objectif minimal de réalisation de 25 milliards, ce qui représenterait un taux d’exécution de nos investissements en augmentation de 25% par rapport à 2014.

Pour les communes, ce sont plus de 8 milliards de francs consacrés annuellement à leurs investissements. Ces commandes communales sont à ajouter aux  commandes publiques du pays.

Quant aux commandes de l’Etat, nous savons notamment que celui-ci engage des travaux d’infrastructures importants sur Moruroa dans le cadre du projet dénommé TELSITE de suivi géo-mécanique du sous-sol de cet atoll. Le budget est de plus de 10 milliards de francs. En outre, Il y a les travaux de dépollution de Hao. Ces derniers représentent des travaux qui nécessitent un budget de plus de 10 milliards de francs.

Le second levier du développement économique est celui de la commande privée. Il concerne à la fois ce que nous appelons aujourd’hui «les grands projets » (Mahana Beach – le projet hôtelier de la société chinoise Hainan, à Atimaono– le projet aquacole de Hao…) mais aussi les nombreux projets portés par nos investisseurs locaux.

Le troisième levier, c’est, dans le cadre du renforcement du dialogue avec l’Etat, la finalisation très prochaine de deux contrats de projets couvrant la période 2015-2019, d’un montant global de 49,2 milliards de francs. Un contrat de projet de 13,2 milliards de francs destiné aux objectifs et compétences spécifiquement communaux. Un autre contrat de projet de 36 milliards de francs destiné aux objectifs et compétences du pays.

 

Certes, si la confiance dans l’avenir de notre Pays renait peu à peu, vous savez notre impatience à voir ces projets démarrer le plus tôt possible. Mais vous savez comme moi que tout investissement d’envergure passe par des phases de recherche et de bouclage des financements, d’études, d’appels d’offres et de construction pour enfin en voir les premiers effets sur l’emploi.

Ensuite, laformation. Elle est une nécessité pour développer l’emploi durable.

Je sais que les partenaires sociaux, par l’esprit de dialogue social, ont su mettre en place, voilà maintenant six ans, la Formation Professionnelle Continue de Salariés du privé et je vous félicite pour cette initiative.

Je suis toutefois marqué par les difficultés que rencontrent de trop nombreux demandeurs d’emplois qui frappent aux portes du SEFI. Pour cela, j’ai demandé à la Ministre en charge de l’emploi de s’atteler à la dynamisation des offres et à une politique de formation plus performante.

Enfin, l’évolution du code du travail pour faciliter et inciter la création d’emploi.

C’est un sujet sur lequel nous devrions nous pencher tous ensemble.

Je me permettrai de citer une phrase prononcée, l’année dernière, par un ministre de la République,« La réalité nous invite à réfléchir aux droits réels de tous, y compris et surtout de ceux qui n’ont pas d’emploi.»

 

 

 

Elle m’interpelle et elle doit  nous interpeller. En effet, si les droits historiques des actifs ont été acquis par la négociation ou par la lutte et constituent aujourd’hui ce que l’on appelle communément « les avantages acquis », n’est-il pas venu le moment, dans cette conjoncture difficile que nous traversons, d’imaginer, indépendamment de la création d’emploi par la relance, de libérer certains carcans pour offrir du travail à ceux qui n’en n’ont pas.

Serions-nous en mesure, sans remise en cause du niveau des salaires, d’identifier, dans le code du travail polynésien, un certain nombre de dispositions susceptibles de déverrouiller les blocages qui paralysent notre société et qui peuvent apparaître comme un frein à la création des emplois supplémentaires ?

Je serai heureux que les représentants du patronat et vous-mêmes, puissiez prendre une telle initiative qui sera, dans tous les cas, appuyée par la Ministre du Travail.

La seconde de mes préoccupations, c’est l’avenir de notre Protection Sociale Généralisée.

J’entends, certains d’entre vous, dire : « c’est le gouvernement qui décide ».

Le raccourci est un peu trop vite pris.

Je voudrais vous rappeler que le système de Protection Sociale Généralisé a été institué en 1995 à la suite de travaux de concertation menés entre le gouvernement et l’ensemble des partenaires sociaux pour jeter les bases de cette PSG.

 

 

 

Comme vous le savez, pour être présents pour la plupart d’entre vous au Conseil d’Administration du RGS, les effets conjugués de la crise, du vieillissement de la population, de l’explosion des pathologies dues à la mauvaise santé d’une part croissante de la population, la montée en charges des régimes de retraite qui devront  faire face à l’augmentation progressive de la durée de vie, la montée des précarités engendrées par la crise économique qui pèse lourdement sur le financement du RSPF, nécessiteront de mettre en œuvre une réforme de notre PSG. Cette réforme est incontournable si nous voulons sauver notre système de solidarité.

Nous sommes pressés et je souhaite que les travaux démarrent au plus vite. Je sais aussi que certaines mesures d’équilibre devront être prises pour le court terme et que d’autres, qui nécessitent des réformes plus en profondeur avec des impacts organisationnels, règlementaires ou financiers, ne pourront être mis en œuvre que dans un second temps.

Je voudrais vous dire également qu’il ne me parait pas raisonnable de mettre en préalable à toutes discussions sur la PSG  le remboursement, par l’Etat, de la dette qui correspondrait aux dépenses de santé prises en charge par la CPS dans le cadre des maladies radio-induites.

Bien sûr, il convient de ne pas écarter ce sujet. J’appuierai toutes initiatives allant dans ce sens. Mais je crois que la réforme attendue dépasse le sujet du remboursement de ce que vous appelez « la dette du nucléaire ». Le niveau de prise en charge de 47 milliards que j’ai lu et que l’on veut présenter à  l’Etat ne saurait à lui seul sauvegarder notre Protection Sociale Généralisée. En effet, certains risques comme la santé mentale, la dépendance, ne sont encore pas ou peu pris en charge. Savez-vous, à titre d’illustration, que les prestations vieillesse, seules, représenteront une charge annuelle de 44,7 milliards de francs.

En 2010, beaucoup de propositions de réforme ont fait consensus entre partenaires sociaux. Je souhaite donc que le même esprit vous anime et que tous ensemble nous puissions parvenir, avec la même volonté, à donner un second souffle à notre PSG.

J’ai intégré les grandes orientations nécessaires à la sauvegarde de notre PSG et les premières urgences qui dictent notre calendrier de travail.

Il convient de débuter les travaux par les prestations vieillesse (44 723Mds) et les prestations santé (50 597Mds), deux risques qui, en 2015, représenteront à eux seuls, 85%  des 112 080 Mds des dépenses de la PSG.

Les régimes de retraite ont déjà fait l’objet d’ajustements paramétriques. Il convient d’achever ces travaux de manière à redresser l’équilibre financier des régimes. Vous serez sollicités avant la fin du mois de février sur ce dossier pour une restitution des livrables avant le démarrage du processus budgétaire de juillet de cette année.

Le deuxième chantier que je vous propose d’ouvrir est celui de la santé. La restitution des travaux sur le schéma d’organisation sanitaire est prévue pour la fin mai. La réflexion autour du régime unique Assurance Maladie peut démarrer début mars.

Le régime unique ouvre tout naturellement le sujet de la gouvernance qu’il nous faudra aborder concomitamment tout en ouvrant le dossier des financements.

Ces travaux seront organisés sous forme d’ateliers de réflexion et de propositions animés par une équipe placée sous la responsabilité de mon conseiller PSG ici présent. La restitution des travaux se fera sous forme de table ronde.

Un comité de pilotage dont le rôle sera de donner les directives des travaux à mener, de suivre l’avancée des travaux, d’arbitrer le choix des orientations et de valider les propositions rédactionnelles du comité de rédaction complètera ce dispositif.

La concertation doit être de mise et l’union sacrée recherchée autour de ce projet de société qui concerne l’ensemble des familles de Polynésie française. Les élus, les professionnels, la représentation de la société civile, doivent pouvoir s’exprimer car ces réformes engageront toute la Polynésie. 

Mes chers amis, de grands défis s’imposent à nous. Nous devons parvenir à les relever tous ensembles. Il y va de la cohésion de notre pays.

Face à ces défis, il n’y a pas, à mes yeux, de place pour des querelles ou des sous-entendus politiciens. Je souhaite que nous abordions les sujets de l’emploi et de la protection sociale avec une attitude de gestionnaire responsable et soucieux de l’intérêt général. 

Ma méthode de gouvernance, je le répète et je le répèterai encore, c’est avant tout la transparence dans les actes, le dialogue, la recherche de l’adhésion la plus large.

Mes chers amis, je terminerai mes propos en souhaitant à nouveau à chacune et à chacun d’entre vous, à vos familles, à vos proches, une bonne année et que nos meilleurs vœux vous accompagnent tout au long de l’année 2015.

Je vous remercie pour votre attention. 

 


 

 

Gouvernement Fritch sept. 2014 - jan. 2017

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