Discours du Président Edouard Fritch lors du centenaire 1914-1918

2018-11-11T14:33:12+00:0011 novembre 2018|

Centenaire 1914 – 1918 

Armistice du 11 novembre 1918

 

Discours duPrésident Edouard FRITCH

Monsieur le Haut-commissaire de la République,

Monsieur le président de l’Assemblée de la Polynésie française,

Monsieur le Vice-président,

Mesdames et messieurs les Ministres,

Mesdames et monsieur les députés,

Madame et monsieur les sénateurs,

Mesdames et messieurs les Représentants,

Monsieur le président du Conseil, économique, social et culturel,

Mesdames et messieurs les Maires,

Amiral,

Monsieur le 1er président de la Cour d’Appel,

Mesdames et messieurs les descendants de nos Poilus tahitiens,

Monsieur le président de l’Association Mémoire Polynésienne, Porinetia Haamana’o

Mesdames et messieurs,

Mes chers amis,

Dans le cadre des commémorations du centenaire de la Grande Guerre et en particulier de l’armistice du 11 novembre 1918 qui va mettre fin à quatre années de guerre cruelle, ce n’est qu’honneur que de nous retrouver dans les murs d’une enceinte où l’histoire des Poilus tahitiens a commencé.

Car, mesdames, messieurs, dans cette enceinte où nous nous tenons, était l’ancienne caserne de l’infanterie coloniale de Papeete, avant de devenir le siège de l’actuelle Présidence de la Polynésie française.

Les travaux de construction de la caserne d’infanterie coloniale engagés en 1885 aboutissent en décembre 1890. La caserne coloniale est baptisée « Caserne Bruat » avant de prendre le nom de « Caserne Broche » le 21 avril 1971, en mémoire du capitaine Broche tué à Bir Hakeim en juin 1942.

Sur ce site historique va donc stationner l’ensemble des premiers volontaires et des conscrits tahitiens qui ont été mobilisés  en 1916 avant leur départ pour les fronts de la Grande Guerre. Et c’est toujours dans cette caserne Bruat que les Tamari’i Volontaires vont venir s’engager en septembre 1941 dans les rangs de la France libre.

Ce monument historique méritait de s’ouvrir aujourd’hui à vous pour commémorer, en ce 11 novembre 2018, le souvenir de nos grands aînés Poilus mais aussi d’y accueillir une exposition qui leur est dédiée.

Le Gouvernement que je conduis, a souhaité rendre avec force, dans le cadre de ce centenaire de la Grande Guerre et de l’armistice du 11 novembre 2018, un hommage solennel à nos « Poilus tahitiens ».

Comme vous avez pu le constater le quartier historique constitué de l’avenue Pouvanaa a O’opa anciennement avenue Bruat, la rue du Bataillon du Pacifique et une portion de  la Rue des Poilus tahitiens jouxtant le ministère en charge de la culture ont été pavoisés de portraits de Poilus tahitiens.

La démarche est inédite. Elle est fortement symbolique. Ces quarante visages connus ou anonymes témoignent de la haute contribution en hommes qui a été apportée par l’Océanie française dans la Grande Guerre.

Elle témoigne aussi de leur patriotisme et de leur fort attachement à la République.

En effet, il y a cent ans, nos anciens se sont transformés en soldats par amour pour la Mère- Patrie. C’est ce même sentiment qui a animé ceux qui se sont mobilisés durant la seconde guerre : défendre la Mère-Patrie pour laisser aux générations suivantes un monde de paix.

Voici ce que déclarait Clémenceau après la signature de l’armistice et à la sortie de ce train légendaire de la forêt de Compiègne : « Nous avons gagné la guerre, il nous reste maintenant à réussir à gagner la paix ».

Clémenceau a parfaitement raison. La paix ne se décrète pas. Elle se conquiert. Elle doit être protégée car elle est fragile.

Mardi dernier, je participais à une cérémonie religieuse dédiée au souvenir de tous nos chers disparus. Cette cérémonie a commencé par un chant de louage dont le titre est « Je te donne tout ».

Tous les chrétiens connaissent ce chant et les paroles me font rappeler l’état d’esprit de nos Poilus, il y a cent ans. « Je te donne mon cœur. Il ne m’appartient plus….Prends mon âme, prends mon cœur,… prends ma vie, me voici, Je te donne tout ».

Nos valeureux Poilus n’ont pas chanté cette louange. Mais, ils ont fait mieux que ça. Ils l’ont exprimée par leur bravoure jusqu’au don de leur vie.

Oui, c’est bien par amour de la Mère-patrie qu’ils ont fait l’offrande de leurs corps et de leurs âmes. C’et par amour de la France qu’ils se sont sentis devoir s’engager sans condition aucune. C’est en pensant à nous qu’ils se sont sacrifiés.

Vous comprendrez pourquoi je me battrai pour conforter les liens qui nous unissent à la France.

Etre l’ennemi de la France, c’est oublier le sacrifice consenti par nos aïeux qui se sont engagés à deux reprises aux côtés des français de métropole pour sauver la démocratie.

Trop de liens nous unissent à la France. Ils ne sont pas uniquement d’ordre économique et financier.

Ils sont historiques, culturels et affectifs. Il ne faut pas que la mémoire de nos anciens soit réduite en un simple souvenir, à un simple dépôt de gerbe.

C’est en pensant à eux et à leur sacrifice volontaire, que je suis attaché aux liens qui nous unissent à la nation, pour qui la reconnaissance, la fraternité et la solidarité ne sont pas de vains mots.

C’est pourquoi, le fort engagement de nos valeureux anciens méritait donc d’être rappelé à nouveau avant que ne se referme la page des commémorations du centenaire de la Grande Guerre.

Quelques 1800 hommes natifs ou résidents des établissements français d’Océanie sur une population de 30.000 âmes ont été mobilisés pendant la Grande Guerre. Ceci signifie que près d’un adulte polynésien sur quatre de cette époque, s’était engagé pour aller à la bataille.

Un millier d’entre eux va partir pour le feu. Trois cent d’entre eux ne reviendront pas. En outre, la grippe espagnole terrassera, fin 1918, quelques 3.000 habitants de Tahiti et des îles.

Chaque famille polynésienne a été personnellement touchée par l’engagement ou la perte d’un de ses grands aînés.

Mais qui étaient ces hommes ? Le temps a depuis lors, fait son œuvre. Nos contemporains méconnaissent totalement leur histoire faite de courage, de souffrances et celui du sang versé.

Sur quels théâtres d’opérations ont-ils été engagés ?

De la Grande Guerre, nous retenons le bombardement de la Ville de Papeete par une escadre allemande, le courage et le sacrifice de sang des soldats du Bataillon mixte du pacifique (BMP) engagés le 25 octobre 1918 dans la prise du village de Vesles-et-Caumont.

L’histoire enseignée dans les manuels scolaires occulte les autres théâtres d’opérations de Gallipoli, de Salonique, de Palestine où ont combattu tant de conscrits tahitiens.

Il convenait de leur redonner place dans notre mémoire collective en faisant que nos murs accueillent une exposition dédiée. Cette exposition se tiendra jusqu’au 3o novembre prochain. Elle sera notamment ouverte en semaine aux scolaires à raison de 4 visites journalières.

 

Cette exposition est riche. Elle se constitue d’une quarantaine de panneaux illustrés qui relatent avec minutie des pans d’histoires souvent méconnus de nos grands aînés Poilus.

Ce défi de mémoire, Mesdames et messieurs n’aurait pu cependant se faire sans les concours documentaires de l’Association Mémoire polynésienne, Porinetia Ha’amanao.

Je souhaite aujourd’hui saluer l’extraordinaire travail de mémoire qui a été porté par cette association et par son président sans qui les biographies de nos Poilus tahitiens et leur épopée ne nous seraient pas connues.

Je remercie et félicite son président, Jean Christophe SHIGETOMI, qui mérite nos applaudissements.

Je ne peux que saluer la ferveur et la passion avec lesquelles il se consacre à l’histoire des Polynésiens qui se sont engagés aux côtés de la France pour combattre la dictature et préserver la liberté.

Nos Poilus tahitiens, en s’engageant durant la 1ère Guerre mondiale, avaient compris que le destin de nos îles du Pacifique, même éloignés des champs de bataille d’Europe, était lié à celui des grandes nations.

Ils avaient compris, il y a un siècle, que l’humanité est un ensemble indissociable. Notre destin de Polynésien est lié à celui des autres nations de ce monde. C’est un message qui reste vrai, un siècle plus tard. C’est pourquoi, nous ne devons jamais oublier le courage et le sacrifice de nos aînés.

Je vous invite maintenant à vous replonger avec moi, cent années plus tôt dans les épopées individuelles de ces hommes et de ces femmes de la Polynésie d’hier.

Bonne visite.